Bertrand Rhinn a le plaisir de vous inviter

au vernissage
vendredi 7 octobre 2011 à 18H

de l'exposition

Fini de jouer

avec

Anémone du Roy de Blicquy & Gérald wagner

 

Paru dans les AFFICHES MONITEUR par ONDINE

FINI DE JOUER !

Gérald Wagner et Anémone de Blicquy à la galerie No Smoking


Il était une fois, une forêt d’images…

Il était une fois, des symboles et des corps…

Il était une fois, un désir d’être…

Mais…Quelle réalité dans tout ça ?!

…Allons…  « Fini de jouer ! ».

 

« Fini de jouer ! » est le titre choisi pour l’exposition proposée en ce moment à la galerie No Smoking réunissant les artistes Anémone de Blicquy et Gérald Wagner.

L’un en développant par le biais d’un papier de 300 grammes d’épaisseur, une recherche sur le vide et la lumière, et la seconde explorant la mise en scène de l’image en photographie et par des créations de vidéos-poèmes, tous deux content la même histoire : la métamorphose de notre société contemporaine en perte de repères.

A la lisière de l’horreur et du merveilleux, du symbole rattaché jusque-là à une valeur sociale et redevenu simple image à laquelle on a rendu la beauté originelle, la vie, sous toutes ses formes, qu'il s'agisse d'objets créés par l'homme, d'animaux, vivants ou morts, tout ce qui existe, est vu, à nouveau, à la naissance du premier regard.

Ce regard devant l'objet quotidien est comparable à une décision philosophique, une prise de position devant un monde dé-spiritualisé.

Pour Gérald Wagner, il s'est agi de dématérialiser l'image, l'image représentant des symboles de notre société assoiffée de pouvoir et d'argent, comme le dollar, la couronne, ou de reprendre des objets traditionnellement représentés à travers la thématique des vanités dans l'Histoire de l'Art comme les instruments scientifiques, (lunettes astrales, globes, crânes etc...) ou encore des animaux symbolisant le caractère éphémère de notre vie sur terre comme le sphinx à tête de mort (papillon de nuit portant le dessin d'un crâne sur son abdomen).

Ces images remises au monde sur la table rase du plasticien, paraissent comme inversées, les négatifs neutres ou les négations des symboles vides tels que la société les avait métamorphosés; car G. Wagner ne les dessine pas, ne les recopie pas, il use d'un patron et pique comme s'il les brodait, mais à la force de coups de poinçons, les points constellés par les lignes d'un dessin invisible, la nouvelle image que la lumière laissera deviner.

Ces images nées une seconde fois de leur vide, vidées de leurs significations éteintes ou mortes, noyées dans notre société faiseuse d'images, sortent de leur absence, et mettent au monde un nouveau sens, se détachant en se retirant de la matière, rompant ainsi avec la matérialité puisque le dessin est éliminé, peut-être purifié par le vide, créant une ouverture se frayant dans le papier, un passage pour la vie et la lumière.

Y-a-t-il une signification chrétienne à voir dans ce chemin épineux où la douleur suggérée du papier percé de trous rappellerait celle de la peau d'un corps christique symbolique mise à l'épreuve pour atteindre à la lumière ?

Il y a en tout cas, un désir sensible de retrouver les valeurs simples, la nostalgie d'un regard poétique ou spirituel sur le monde.

Nouvelles icônes, ces petits formats encadrés de noir dont on a retiré ce qui limitait l'image, sa ligne dessinée, s'élèvent, hors des lignes et frontières mentales du monde, vers une sphère céleste atemporelle, universelle.

Les images se sont laissées profaner pour laisser voir un invisible, une signification dansante, une élégance loin de la pesanteur à laquelle on les avait associées jusqu'à présent.

D'autres images, plus grandes (100/130 cm), sont enroulées sur elles-mêmes comme des papyrus et tournoient, immobiles, avec élégance dans la lumière : squelette, arbre mort, ou système nerveux du corps humain.

Les photographies couleur d'Anémone de Blicquy, quant à elles, redonnent vie aux corps entreposés des animaux des réserves du musée zoologique de Strasbourg.

Visibles par transparence à travers les sacs où on les garde enfermés, les animaux retrouvent des expression d'animaux en fuite dont on a soudain arrêté la course, ils sont habillés comme des princes, vêtus de linceuls sales, de lumières tristes...Ils semblent tantôt sortis d'un conte de fée ou tirés hors d'une histoire d'horreur.

Ces atmosphères fantastiques que dégagent ces images de mort, nous glacent le sang comme ils nous ravissent_ils créent le chemin de la vie à la mort pour l'inverser à nouveau, encore et encore...

La transparence des sacs de conservation des animaux du musée, les perforations du papier laissant passer la lumière, tendent le même miroir, devant le même constat d'un monde en crise où pourtant, l'on ne cesse de continuer à jouer.

Quelles seront les valeurs de demain ? Où en sommes-nous de notre rapport à Dieu ? Donc aux hommes, à la terre...?

Alors, on joue encore ?!

L'illusion et la fuite en avant se marièrent et firent ensemble beaucoup d'images.

Fin ?

 

Ondine

(« Fini de jouer ! » à la galerie No Smoking, 19, rue Thiergarten à Strabourg jusqu'au 5 novembre 2011)

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Bien que les modes opératoires développés par Anémone de Blicquy et Gérald Wagner ne soient pas similaires et que les images émanant de leurs questionnements ne révèlent pas une proximité esthétique évidente, on peut ressentir en parcourant leurs œuvres un même désir de réenchantement du monde qui sous le poids du cynisme et de l'individualisme ne laisse que peu de perspectives à l'individu en quête du bonheur.
La particulière attention qu'Anémone de Blicquy réserve à l'enregistrement des bruissements subtils émanant de la nature et sa capacité à matérialiser la souffrance intérieure dont l'individu ne sait se débarrasser pour s'épanouir, confirme l'invitation à l'émerveillement que nous adresse cette artiste.
Quant à lui, Gérald Wagner nous incite à une mobilisation des sens en nous démontrant le potentiel merveilleux des matières et éléments les plus austères: comme si du fragile et de l'imperceptible pouvait surgir une émotion intense et suffisante à nous dynamiser dans notre souhait d'établir des repères sensibles et spirituels capables de contenir les débordements impudents de nos systèmes économiques et sociaux.
Alors maintenant, fini de jouer! Vivons!


C’est à un cheminement dans l’antichambre du réel que nous invite Anémone de Blicquy. Auteur et comédienne, c’est aujourd’hui par le biais de la photographie et de la vidéo qu’elle récolte les fruits étranges issus des amours controversés entre réalité et fiction.

Attachée au réel, elle prend pour décor les éléments naturels fondamentaux que sont eau, air, terre et feu. Dans ces territoires concrets, elle met en scène les personnages muets de tragédies quotidiennes mais dont semble émerger une portée universelle. Cette universalité qu‘elle déniche au creux du banal est sans doute issue des abysses du subconscient. Des objets,des êtres ou encore des signes nous rassurent en même temps qu’ils nous épouvantent, comme ceux rencontrés dans les contes de notre enfance.

 

Jean Clair parlait du « don de visions » comme étant la principale caractéristique de la mélancolie. Ces visions mélancoliques, Anémone de Blicquy les capturent entre deux eaux, entre cornée et cristallin. Elle surprend ses personnages plongés dans un demi sommeil pour les extirper de leur rêve ou de leur cauchemar. Dissimulés derrières leur masque ou le visage couvert d'un vulgaire sac de plastique, ces individus ne semblent pas voir la réalité qu'ils arpentent, qu'ils subissent. Hésitant entre l'innocence et l'expérience, ils doivent se contenter de happer quelques bouffées d'un air vicié sans jamais pouvoir reprendre leur souffle, leur désir, leur vie.
Comme des poissons abasourdis par le choc des contraires, ces individus flottent à

la surface du réel sans pouvoir y plonger. Pourtant les sollicitations sont multiples. La caresse de algues, la force du courant, le craquement du givre, les ombres, les scintillements s'adressent à eux sans pouvoir les ré enchanter. Vidés de leur force créatrice, de leur imagination et de leur intuition, ils voient s'ouvrir devant eux de vastes espaces dans lesquels ils sont incapables de se projeter. S'écoulent alors à leurs abords, les signes du temps. Incapable de les déchiffrer, l'individu plonge dans un coma des sens.

 

Gérald Wagner
C'est à un autre type d'apparition que nous invite Gérald Wagner. Coutumier d' œuvres in-situ révélant le passé de lieux appelés à disparaître et soucieux d'extraire des flux d'actualités les reliquats d'informations tombant dans l'oubli, il choisit désormais d'évoquer les notions de temps et de mémoire à travers une série de créations sur papier.
Sur des supports faits de papier épais et blanc qui par pliage prennent la forme de blocs, Gérald Wagner dessinent les objets symboliques propres au thème de la vanité. Apparaissent alors de manière très délicates, les contours scintillants d'un crâne, d'une couronne, d'une mappemonde ou encore d'une rose. Au regard de la technique utilisée, on serait tenté de parler soit de passe-temps faisant écho aux ouvrages brodés de nos grands-mères soit de tatouages que les nouvelles générations ont remis au goût du jour pour se caractériser, se démarquer ou retrouver un sentiment d'appartenance.
Le dessin de ces objets sont en fait obtenus par perforation du papier. Cette immatérialité donnée à l'image semble vouloir confirmer le caractère vain de toutes choses et la nécessité de se détacher du matériel pour se consacrer à l'aspect spirituel de nos existences. Soustraire la matière plutôt qu'en ajouter pourrait être le signe d'un dédain pour la thésaurisation matérielle à outrance qui conduit l'homme orgueilleux à l'épuisement de ses ressources sensibles et spirituelles.
Est-ce alors les conséquences néfastes d'un trop-plein de vanité qui apparaissent sur les volumes en paraffine que nous propose d'apprécier l'artiste? Comme imprimés à l'envers, des extraits de coupures de presse sont déchiffrables sur ces formes géométriques de taille modeste. Une observation plus minutieuse de ces reliquats d'encre prélevés à la surface de différents journaux, nous rappellent les faits marquants de cette année passée.Textes et images fantomatiques évoquent tour à tour les révolutions arabes, la catastrophe nucléaire frappant le Japon et les crises systémiques des économies capitalistes. En présence de ces œuvres, la mémoire de l'homme paraît plus fragile que le papier et des temps passés celui-ci semble avoir effacé les traces comme on fait disparaître sur nos mains les souillures laissées par l'encre d'un quotidien.

 

«Ceux qui répriment leur désir sont ceux dont le désir est assez faible pour être réprimé.» William Blake.

 

 

Heures   d'ouvertures de la galerie : du mardi au samedi de 14 à 18 H  et sur rendez-vous.
  Adresse : 19 rue thiergarten, 67000 Strasbourg- Tél. :03 88 32 60 83.

  Accès: à 3 min à pied de la gare de  Strasbourg •
  En tram lignes A/D arrêt Gare Centrale
  Parking; TGV Wodli ou Sainte Aurélie